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Tensions de recrutement et attractivité des métiers du champ social et médico-social
Contexte et constats
Le rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) de février 2025 met en lumière une crise d’attractivité et de recrutement dans les métiers du soin et de l’accompagnement social (infirmières, aides-soignantes, aides à domicile, éducateurs spécialisés, etc.). Cette crise est marquée par :
- Un déséquilibre structurel entre une demande croissante (vieillissement de la population, augmentation des besoins en santé) et une offre insuffisante de professionnels formés.
- Une baisse du nombre de diplômés : entre 2012 et 2023, le nombre d’infirmières diplômées est passé de 26 447 à 24 215, tandis que les aides à domicile formées ont chuté de 3 303 à 799.
- Des conditions de travail dégradées (surcharge, horaires contraignants, rémunérations jugées insuffisantes) et une image négative des métiers, dissuadant les candidats.
- Un manque de coordination entre les acteurs (État, Régions, employeurs, formations) et l’absence de stratégie nationale de gestion des ressources humaines, contrairement à des pays comme l’Australie ou le Royaume-Uni.
Causes des tensions de recrutement
- Insuffisance de professionnels formés :
- Effet ciseau : augmentation des besoins (+2 millions de personnes âgées de +65 ans depuis 2012) vs. diminution des effectifs formés.
- Taux d’abandon élevé dans les formations (notamment en IFSI) et places non saturées en IFAS.
- Formation continue sous-utilisée, faute de financement et d’accessibilité.
- Conditions de travail et rémunération :
- Pénurie de personnel entraînant des fermetures de lits en EHPAD/hôpitaux et une réduction des plans d’aide (APA).
- Précarité : temps partiels subis (surtout pour les aides à domicile), recours massif à l’intérim.
- Concurrence salariale défavorable face à d’autres secteurs.
- Problèmes structurels :
- Cloisonnement entre santé et médico-social, hérité des années 1970.
- Manque de données prospectives pour anticiper les besoins.
- Défauts de pilotage : absence de coordination entre les acteurs (ARS, Régions, France Travail, branches professionnelles).
Conséquences
- Dégradation de la prise en charge : 35 000 postes vacants dans les ESMS (2024), 64 % des EHPAD en sous-effectif.
- Spirale négative : conditions de travail → turnover → difficultés de recrutement → réduction de l’offre de soins.
- Attractivité en berne : seuls 36 % des jeunes sont intéressés par les métiers du médico-social (sondage UNAPEI, 2024), principalement à cause des salaires (49 % des freins cités) et des conditions de travail.
Recommandations clés pour l’emploi et le recrutement
1. Améliorer la connaissance et le pilotage
- Créer un réseau national d’observation (DREES, DARES, Régions, etc.) pour harmoniser les données et anticiper les besoins (Recommandation 2).
- Élaborer une stratégie nationale des RH d’ici 2028, pilotée par un comité interministériel présidé par le Premier ministre (Recommandation 3-4).
- Augmenter les places de formation : +22 000 places d’ici 2028 (dont 5 000 infirmières et 3 000 aides-soignantes), avec une répartition objective entre Régions (Recommandation 1).
2. Renforcer l’appariement offre/demande
- Conventions "grand compte" entre France Travail et les principaux employeurs (CHU, ESMS) pour cibler les recrutements (Recommandation 7).
- Obligation de publicité des offres d’emploi sur la plateforme prendreSoin.fr et développement d’outils pour les employeurs (guides, aides) (Recommandation 8).
- Déployer des plates-formes de l’autonomie dans chaque département, en partenariat avec les Conseils départementaux et France Travail, pour accompagner les demandeurs d’emploi vers les métiers du soin (Recommandation 9).
3. Booster la formation
- Formation initiale :
- Plan d’attractivité des IFAS (diversifier les viviers : quartiers prioritaires, reconversions).
- Améliorer l’orientation (mieux informer sur les taux de réussite par bac, simplifier Parcoursup).
- Développer l’alternance (objectif : 10 % des formations sanitaires en alternance d’ici 5 ans).
- Conditions de vie des étudiants : remboursement des frais de stage, accès au CROUS, logements près des IFSI/IFAS (Recommandation 12).
- Formation continue :
- Certifier les "faisant fonction" (ex. : création d’un diplôme d’Assistant en gérontologie pour les EHPAD) (Recommandation 21).
- Financer des parcours Pro-A (1 000 places supplémentaires).
4. Améliorer l’attractivité à moyen terme
- Communication ciblée :
- Segmenter les publics (jeunes, reconversions, territoires vieillissants) et élaborer une "promesse employeur" commune (Recommandation 18-20).
- Coordonner les campagnes (national/régional) avec des messages clairs sur les métiers.
- Réformer les diplômes :
- Simplifier l’architecture (100+ diplômes actuels) et créer des passerelles (ex. : pratique avancée pour les aides-soignantes expérimentées).
- Améliorer le management :
- Référents RH dans les ARS pour diffuser les bonnes pratiques (Recommandation 25).
- Limiter le recours à l’intérim et soutenir les groupements d’employeurs publics (Recommandation 16-24).
5. Financement
- Fonds de développement des compétences (490 M€/an) :
- Abondé par la CNSA (via une hausse de 0,1 point de la contribution autonomie) et l’État.
- Priorités : formations, tutorat, innovation pédagogique, plates-formes autonomie.
Chiffres clés
| Mesure | Objectif | Financement |
| 22 000 places supplémentaires (IDE/AS) | D’ici 2028 | 490 M€ (CNSA + État) |
| 1 000 places Pro-A | Formation continue | Fonds dédié |
| 920 M€ | Passage à une tarification "à la mesure" (aide à domicile) | Baisse du CESU "confort" |
| 31 plates-formes autonomie | Couverture nationale d’ici 2026 | CNSA + Départements |
Calendrier
- 2025 : Nouveau protocole État-Régions, lancement du réseau d’observation.
- 2026 : Création du comité interministériel, déploiement des plates-formes autonomie.
- 2028 : Stratégie nationale finale et évaluation.
Enjeux
- Urgence : Sans action, la densité d’infirmières continuera de baisser, aggravant les tensions.
- Équité territoriale : Cibler les zones rurales et les départements vieillissants.
- Coordination : Impliquer tous les acteurs (État, Régions, employeurs, formations) pour éviter les actions dispersées.
→ Objectif ultime : Passer d’une logique de "plans ponctuels" à une gouvernance structurée, avec des métiers revalorisés et un pilotage anticipatif des besoins.
Question ouverte : Comment concilier l’urgence de recrutement à court terme avec la nécessité de réformes structurelles (formation, conditions de travail, image des métiers) ?
